top of page

Pourquoi l'Euro chute alors que l'inflation explose aux États-Unis ?!

À l'heure actuelle, l’euro, au même titre que le dollar, quoique dans une moindre mesure, est considéré comme une réserve de valeur ainsi qu’une devise de référence au niveau international.


En effet, à en croire les dernières données du FMI, c’est-à-dire le Fonds Monétaire International, plus de 20% des réserves de changes au niveau mondial sont allouées en Euros, contre plus de 59% en Dollars américains, viennent ensuite le Yen Japonais ou encore la Livre Sterling Britannique. On voit donc que l’euro occupe la deuxième place au niveau international.


Pourtant, phénomène paradoxal, suite à une de mes précédentes vidéo dans laquelle je parlais notamment de la bêtise d’annuler les dettes, certains m’ont demandé, “pourquoi le dollars était en train de prendre de la valeur par rapport à l’euro, alors que l’inflation explose aux États-Unis” ?


En effet, alors que l’inflation explose depuis le début de l’année aux États-Unis, l’euro quant à lui, chute et depuis le début de l’année il a perdu plus de 8% par rapport au dollar, le taux de change étant passé d’un euro contre près de 1,23 dollar à un euro contre moins de 1,13 dollars.


De plus, la renomination de Jérôme Powell en tant que président de la Réserve Fédérale Américaine a fait bondir le dollar, tandis que les signes de nouvelles restrictions dû à la résurgence du coronavirus pèsent sur la monnaie commune qui chute face aux différentes devises internationales que sont, le dollars, la livre, le franc suisse ou encore le renminbis.


Si certains économistes semblent nous dire que cela est bon signe car l’euro serait soit disant trop fort, dans cet article, nous allons justement voir si cela est vraiment le cas, quelles sont les causes, nous verrons également quelles conséquences cela pourrait avoir sur nos placements et comment s’en protéger !

 

Table des matières :

 

1. Euro / Dollar : les raisons de la dépréciation

Alors même que l’inflation atteint ses niveaux les plus élevés aux États-Unis depuis plus de 30 ans, on observe un phénomène paradoxal qui est que le dollar prend de la valeur tant vis-à-vis de l’euro que du reste des devises internationales.

On voit donc que l’US Dollar Index est en train de se revaloriser par rapport aux monnaies constituant le panier de devises.

Pour rappel, cet indice est calculé en prenant en compte les taux de change du dollars vis-à-vis de six grandes devises mondiales, dont l'euro qui est de loin, la composante la plus importante du panier à hauteur de 57,6%, vient ensuite le yen japonais pour 13,6%, la livre sterling pour 11,9%, le dollar canadien à hauteur de 9,1%, ensuite, la couronne suédoise pour 4,2% et finalement le franc suisse qui représente 3,6%.

En ce qui concerne l’euro, alors que depuis sa création, il culminait à près de 1 euro pour 1,60 dollars en 2008 suite à la crise immobilière de l’époque, depuis, il suit une tendance baissière, se rapprochant de plus en plus de ses niveaux les plus faibles de 2017.

Arrivé à ce stade, on peut donc se demander quelles sont les raisons d’une perte de valeur de l’euro par rapport au dollar et donc parallèlement d’une augmentation de la valeur du dollar par rapport à l’euro dans la mesure où l’inflation explose aux États-Unis.


En fait, il faut savoir que le taux de change entre deux devises est soumis à de nombreux facteurs qui interagissent entre eux d'un point de vue macroéconomique.


C'est donc leur confrontation qui fixe ce taux et on peut en mettre en avant 4 différents :



1° Premièrement, il faut prendre en compte la balance courante.


Pour faire simple, la balance courante est la différence entre les exportations et les importations, représentée par les échanges internationaux de biens, c’est-à-dire, la balance commerciale, et de services, c’est-à-dire, la balance des services. À ces échanges internationaux de biens et services s’ajoutent également les revenus primaires et secondaires, c’est-à-dire les salaires ou les revenus des investissements et les aides internationales ou envois d’argent à l’étranger.


Donc, si un pays présente un déficit de la balance courante, cela signifie, de façon très simplifiée, qu’il a plus importé qu’exporté. Or, les fournisseurs étrangers exigent d’être payés et les importateurs français qui achètent à l’étranger doivent se procurer des devises étrangères pour les payer ce qui fera pression à la baisse sur la devise de celui qui importe et pression à la hausse sur la devise de celui qui exporte.


Pour se procurer ces devises, celui qui importe va donc le faire avec les réserves qu’il possède ou en s’endettant.



2° Cela nous mène donc au niveau d’endettement public.


Si la dette n’est pas une mauvaise chose en soit et dépend avant tout de l'utilisation qui est faite de l'argent, de manière générale, plus la dette d'un pays est élevée, plus les investisseurs sont méfiants. En effet, un niveau de dette élevé peut potentiellement suggérer une incertitude concernant la solvabilité du pays, provoquant une fuite monétaire, c’est-à-dire que les investisseurs refusent d’accepter les passifs financiers que sont les billets du pays en question, ce qui fait baisser la demande de monnaie et donc provoque de l’inflation et une dépréciation de la valeur de la monnaie comme nous l’avions vu dans un article précédent.



3° En ce sens, le troisième facteur concerne l’inflation.


L'inflation est un facteur de baisse du taux de change puisque par définition, il s’agit d’une baisse du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par le fait qu’avec une même quantité d'argent, il est possible d'acheter moins de bien et de services, étant donné la hausse généralisée des prix.


Et là, on a vu que l’inflation aux États-Unis est bien plus élevée que dans la zone euro et pourtant, le dollar prend de la valeur par rapport à notre monnaie commune.



4° Et bien cela est dû entre autres au quatrième facteur qui concerne la politique monétaire au travers des taux directeurs notamment et des stimulations monétaires mises en place par les banques centrales.


On l’a vu, les banques centrales du monde entier et notamment la BCE et la FED ont énormément stimulé les économies, les États-Unis dans une plus grande mesure comme on peut le voir sur le graphique représentant l’évolution de l'agrégat monétaire M2 aux USA et dans la zone euro.


De plus en plus de personnes le savent, les banques centrales jouent un rôle prépondérant dans l'évolution du cours de change au travers de leur politique monétaire soit, en mettant en place des politiques dites non-conventionnelles et notamment le quantitative easing ou assouplissement quantitatif en français qui consiste à racheter des titres de dettes sur les marchés afin d’injecter des liquidités, soit en manipulant les taux directeurs.


Aujourd’hui, les taux étant déjà extrêmement bas, les banques centrales jouent majoritairement avec les politiques non conventionnelles. Ainsi, l'impact d'une modification de la politique monétaire sur le taux de change est très important.


Toujours est-il que de manière générale, les devises avec un fort taux d'intérêt vont attirer les investisseurs et les devises avec un taux d'intérêt faible vont être délaissées.


Aujourd’hui, s’il est vrai que les stimulations monétaires et l’inflation ont été extrêmement élevées aux États-Unis et donc le dollar devrait perdre de la valeur face à l’euro, en réalité, on vient de voir qu’il ne s’agit que d’un facteur parmi tant d’autres.


En ce sens, les taux d’intérêts aux US sont plus élevés. Si on regarde la courbe des taux, aujourd’hui, aux États-Unis, pour un placement sans risque à 20 ans, le rendement nominal dépasse les 2% alors qu’il est négatif en zone euro.

Évidemment, il s’agit de rendements qui ne prennent pas en compte l’inflation. Il faut savoir que pour le moment et depuis le début de l’année, l’inflation américaine est de 5,8% pendant qu’elle se trouve à 4,17% en zone euro.


Ainsi, qu’il s’agisse de la courbe des rendements américain ou de la zone euro, dans les deux cas de figure, les performances sont négatives.


Pour autant, des taux plus élevés aux États-Unis est susceptible de donner lieu à une revalorisation du dollar par l'intermédiaire d’arbitrages internationaux que l'on appelle carry trade et ce, sans pour autant que l’inflation ait un quelconque impact.



Je m’explique :


Imaginons qu’aujourd’hui, le taux de change sur le marché est de 1 euro contre 1,20 dollars et les taux d’intérêts sont de 0% en zone euro et de 2% aux États-Unis.


Et bien il me suffit d’emprunter par exemple 100.000 euros à 0%, puis de les convertir en dollars et les placer à 2%. Dans un tel cas de figure, contre mes 100.000 euros, je recevrai 120.000 dollars selon le taux de change en vigueur. À la fin de l’année, je percevrai donc 2.400 dollars, c’est-à-dire, les 2% des 120.000 dollars.


Il me suffit donc de reconvertir mes dollars contre des euros.


Dans un tel cas de figure et si on part du principe que le dollar a pris de la valeur puisque l’on assiste à un afflux massif de capitaux venant de l’étranger et que le taux de change passe désormais à 1 euro contre 1,10 dollars, cela signifie que pour 1 dollar, je recevrai 91 centimes d’euros.


Donc contre mes 122.400 dollars, on va me donner sur les marchés 111.384 euros.


Il ne me reste plus qu’à rembourser mes 100.000 euros empruntés et garder mes 11.384 euros de gains.



On voit que l’inflation américaine n’a pas eu d’impact sur mon placement puisque ma rémunération est certes effectuée en dollars, mais par la suite je convertis mes gains en euros, c’est donc l’inflation de la zone euro qui m’impactera.


De plus, la courbe des rendements réels, c’est-à-dire ajustée à l’inflation est très peu fiable dans la mesure où l’inflation que l’on connaît aujourd’hui sera peut être plus faible ou plus élevée dans les années à venir donc il est impossible de connaître d’avance les rendements réels.


Outre ces 4 facteurs qui ne sont évidemment pas exhaustifs on peut également mentionner les mesures protectionnistes ou les différences entre les taux de change du marché et le taux de change PPA, c’est-à-dire en Parité de Pouvoir d’Achat.


Je n’entre pas plus dans les détails pour ne pas rendre l'article trop long et trop complexe, toujours est-il qu’une dépréciation de l’euro pourrait provoquer une inflation importée puisque nos importations deviendraient plus chères, enchérissant d’autant plus les coûts de productions et notamment le prix du pétrole, augmentant donc les prix à la consommation à l’intérieur de la zone et donc notre pouvoir d’achat.


2. Comment se protéger ?

Arrivé à ce stade, on peut donc se demander comment se protéger et profiter d’une chute de l’euro.


Attention car dans la mesure où il est tout simplement impossible de savoir quelle sera l’évolution du taux de change dans le futur, il s’agit avant tout de convictions. En réalité, il y a fort à parier que l’euro soit voué s'effondrer tôt ou tard car si enlever la souveraineté monétaire à un pays est une bonne chose pour éviter que les États volent leurs concitoyens à coup d’inflation et de dévaluation, une monnaie unique adoptée par une multitude de pays si différents ne peux tout logiquement pas durer.


En ce sens, les investisseurs souhaitant profiter de la baisse de l’euro pourront par exemple tout simplement choisir d’investir dans un ETF américain afin de profiter de la hausse du dollar.


En effet, lorsque tu investis dans des ETF dont la vocation est de répliquer des indices étrangers, tu t’exposes aux risques de change. Toutefois, cela est tout aussi valable pour les ETF que pour n'importe quel autre type d'investissement.


Par exemple, si tu investis dans un ETF qui réplique le S&P500 et que le dollar prend de la valeur, alors tu obtiendras non seulement la rentabilité du S&P500 mais aussi la revalorisation du dollar, et inversement, la perte de valeur du dollar diminuera la rentabilité de l'ETF. Donc le risque de change peut-être soit un avantage soit un inconvénient.


À titre d’exemple, voici deux ETF capitalisants qui répliquent exactement le même indice, ici le S&P500, avec les mêmes frais de gestion et le même mode de réplication. L’unique différence, c’est que la courbe blanche représente l’ETF qui ne se couvre pas contre le dépréciation de l’euro, tandis que la courbe bleu représente l’ETF qui se couvre contre la dépréciation de la devise, on parle d’ETF Hedgé. Tandis que depuis le début de l’année, le premier a performé de près de 40%, l’autre n’a performé que de 27% entre guillemets.



D’ailleurs, ce choix aura nécessairement un impact non négligeable selon les évolutions économiques !


En effet, s’il est fréquent de penser qu’à long terme, choisir entre l’euro et le dollar n’a pas vraiment d’importance, cela n'est en fait vrai qu’à moitié !


J’ai donc comparé l’évolution de l’indice S&P500 en dollars ou en euros depuis 1974, même si l’euro n'existait pas, il s’agit d’une reconstitution.


On peut voir qu’entre 1974 et aujourd’hui, les performances sont plutôt similaires puisque la performance en dollar s’élève à 7,4% contre 7,6% en euros.


Pour autant, il s’agit ici de performances sur 47 ans.



Dès lors, si on se base sur d’autres horizons temporels qui peuvent parfois être d’une dizaine d’années à une vingtaine d’année, car les placements se font rarement au-delà de 30 ans ou 40 ans, alors, on peut voir qu’entre 1986 et 2007, l’indice en euro avait performé de plus de 9% contre moins de 8% en dollars.


Entre 1979 et 2014, c’est l’indice en dollars qui aurait affiché de meilleures performances, de l’ordre de 8,2% contre 7,2% pour l’indice en euros.


Finalement, entre 2007 et aujourd’hui, c’est également l’indice en dollars qui performe le mieux, affichant une rentabilité annuelle de 8,5% contre 6,7% en euros.


Ces différences peuvent sembler minimes, mais en réalité, sur le long terme, cela peut représenter plusieurs milliers d’euros d’écarts de performance.



Une autre donnée intéressante à prendre en compte également, c’est qu’en théorie, le dollar a une corrélation négative avec l’or. Autrement dit, lorsque le dollar s’apprécie, l’or perd de la valeur et c’est effectivement ce que l’on observe sur ce graphique.



Pourtant ce qui est bien souvent oublié, c’est que certes l’or peut être valorisé en dollars, mais il peut également l’être en euros. Ainsi, dès que l’on valorise l’or en euros, on se rend compte que lorsque le dollar prend de la valeur, l’or en perd, toutefois, dans la mesure où si le dollar prend de la valeur, cela signifie mécaniquement que l’euro en perd, en ce sens, l’or valorisé en euro gagne de la valeur.


Et c’est effectivement ce que l’on observe sur ces différents graphique :


Lorsque le change euro/dollars fluctue en faveur de l’une ou de l’autre des devises, la performance de l’or valorisé dans la devise perdant de la valeur s’apprécie.


Par exemple entre 2001 et 2008, le dollar s’est déprécié par rapport à l’euro et donc l’or valorisé en dollar a mieux performé que l’or valorisé en euros.


À l’inverse, depuis 2008, c’est l’euro qui se déprécie face au dollar et donc l’or en euro performe mieux que l’or en dollars.



Tout dépend donc de la monnaie utilisée.


3. Version vidéo de l'article