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Stablecoins et crise de 2008 | Comment les stablecoins pourraient provoquer la prochaine crise ?!

Apparus pour la première fois aux alentours de 2014, les stablecoins, qui ne sont ni plus ni moins qu’une forme de cryptomonnaie, ont vu décoller leur utilisation de manière extrêmement rapide depuis le début de cette année et l’engouement général que l’on connaît actuellement envers les crypto-monnaies.


Outre leurs avantages qui permettent, entre autres, de différer l’imposition des gains générés par des crypto monnaies dont leur valeur permet de réaliser des plus-values tel que le Bitcoin, les stablecoins permettent a priori de conserver leur valeur dans le temps puisqu’ils ont été imaginés comme un outil pour se prémunir contre la forte volatilité du marché des cryptomonnaies.


Vantés comme ayant le potentiel d'améliorer l'efficacité de la fourniture de services financiers, y compris les paiements, en plus de promouvoir l'inclusion financière, ils pourraient offrir une nouvelle façon d'effectuer des transactions et de conserver de la valeur, en disruptant de fonds en comble la finance moderne.


Et si en fait, les stablecoins n’étaient pas si stables qu’on le prétend, quels effets négatifs ces derniers pourraient avoir sur le marché de la cryptographie et le monde de la finance en général ?


C’est précisément ce que nous allons voir aujourd’hui et il s’agit sans aucun doute de données extrêmement importantes à prendre en compte avant de se lancer dans le monde de l’investissement et plus particulièrement celui des cryptomonnaies, car les risques systémiques et donc de mettre en faillite l’ensemble du système sont bien réels !


 

Table des matières


  1. Quelques données à prendre en compte

  2. Les trois types de stablecoins

  3. Les risques des stablecoins

  4. La gigantesque arnaque des stablecoins

  5. Les risques systémiques des stablecoins : l'exemple de Tether

  6. La répétition de la crise de 2008

  7. Voir la version vidéo

 
1. Quelques données à prendre en compte

Si en janvier, il y avait l’équivalent d’environ 30 milliards de dollars de tokens en circulation, en octobre, ce chiffre s'élevait à près de 130 milliards de dollars.


Outre le fait qu'il existe des dizaines de types de stable coins, une poignée d'entre eux constitue l'essentiel de la valeur totale, le marché étant dominé par les leaders Tether, USD Coin puis Binance USD.



Pour que les stable coins puissent assurer leur fonction, qui est justement de permettre à la crypto de réduire sa volatilité, il faut nécessairement qu’ils soient rattachés ou adossés à des actifs sous-jacents du monde réel, qui peuvent être de la monnaie fiduciaire, des matières premières ou même une autre crypto-monnaie.


Comme leur nom l'indique, les stable coins sont conçus pour avoir une valeur qui reste en principe stable vis-à-vis des devises traditionnelles ou les matières premières sous-jacentes.


De plus, un avantage indéniable, c’est que ce type de crypto permet d’acheter et de vendre du bitcoin par exemple sans jamais payer d’impôts tant qu’il n’est pas converti en monnaie fiat, c’est-à-dire en euros.


Ainsi, sur la base de ce constat, plusieurs stable coins peuvent être différenciés car, même si leur vocation est en principe la même (stabiliser leur valeur donc), leur fonctionnement diffère.


Il y a ce que l’on appelle les fiat-collatéralisé, les crypto-collatéralisé et les algorithmiques ou non-collatéralisé (à savoir qu’il peut également y avoir un mix entre ces différentes formes).


2. Les trois types de stablecoins

  • Concernant les fiat-collatéralisés,

Il s’agit du système le plus simple à comprendre et le plus courant. Dans un tel cas de figure, le token, c’est-à-dire le jeton de stable coin, est adossé à la monnaie qu’il souhaite répliquer entre guillemets. Cela signifie que pour un token existant valant 1 dollar, l’entité qui émet la crypto possède réellement à son actif un billet d’1 dollar sur un compte en banque par exemple.


Cela est a priori le cas de Tether ou USD Coin même si comme nous allons le voir lorsque nous parlerons des risques, cela n’est que partiellement vrai.


  • Dans le cas des cryptos-collatéralisé,

Cette fois-ci, le processus est différent et un petit peu plus complexe dans la mesure où une crypto, ou un panier de cryptos, va être utilisé en garantie avec une décote afin de compenser la volatilité : on parle en finance de surcollatéralisation.


Par exemple, contre un token d’une valeur d’un dollar, il faudra l’équivalent de 2 dollars en bitcoin en contrepartie. De cette manière, si le bitcoin chute de 50%, la valeur du token reste à 1 dollar.


Le DAI en est un exemple, il a pour objectif de stabiliser sa valeur par rapport au dollar tout en étant adossé à l'éther, la crypto monnaie de la blockchain ethereum en utilisant des smart-contract.


Toutefois, ce type de stable coins est en règle générale plus volatile et maintient moins bien sa valeur qu’un fiat-collatéralisé comme on peut le voir sur ce graphique.


  • Finalement, la troisième catégorie concerne les stable coins algorithmiques ou non garantis.

Il s'agit d'une conception très différente car le jeton n’a pas de garantie, il fonctionne de la même manière que les monnaies fiduciaires, en ce sens qu'il est gouverné par une entité telle que la Banque centrale d'un pays qui base sa politique sur la manipulation monétaire.


On parle de stable coins algorithmique dans la mesure où l’entité cherche à utiliser des algorithmes pour augmenter ou diminuer l'offre de tokens en réponse aux changements de la demande.


C’est entre autres sur cette base que fonctionnent les CBDC, c’est-à-dire les Central Bank Digital Currencies, autrement dit, les cryptos de banques centrales.


J’ai déjà rédigé un article au sujet de l’euro numérique dans lequel j’explique justement la grande arnaque que sont ces crypto-monnaies.


3. Les risques des stablecoins

Si les stable coins sont utilisés sur le marché de la cryptographie pour un certain nombre de raisons, dont notamment la possibilité de transformer ses bénéfices en monnaie stable à court terme avec l'intention de réinvestir ses gains dans d'autres crypto-monnaies plutôt que de transformer les bénéfices en monnaie fiduciaire, comme l’euro par exemple, et de les transférer sur un compte bancaire nous permettant donc de ne pas payer d’impôts, ils permettent également de procéder à des échanges de cryptos ou d’obtenir un rendement sur son épargne bien meilleur que celui offert par un simple livret A, notamment au travers de la DEFI, c’est-à-dire la finance décentralisée.


De plus, dans la mesure où ces tokens sont considérés comme relativement moins volatiles par rapport à d'autres crypto-monnaies comme Bitcoin et Ether, ces stable coins pourraient être plus largement acceptées par le grand public.


Pourtant, il ne faut pas oublier qu’il existe de nombreux risques que beaucoup de néophytes semblent omettre. En effet, certains stable coins sont en fait plus risqués qu'ils ne le semblent et pourraient même comporter des risques en termes de contagion des actifs, de garantie et de responsabilité, en plus de supposer un risque systémique potentiel sur l’ensemble du système financier.


Malgré leur nom, la valeur des stables coins n’est en fait pas stable à 100% puisqu’elle dépend de leurs actifs sous-jacents, c’est-à-dire les garanties que les entités possèdes et donc un stable coin ne peut être réellement stable que s’il est totalement adossé à la devise qu’il souhaite répliquer entre guillemets.


Je m’explique :

imaginons qu’une entité décide d’émettre 100 jetons et de garantir leur valeur par 100 dollars; dans un tel cas de figure, un jeton est égal à 1$.


Désormais, si d’autres investisseurs souhaitent faire l’acquisition de jetons supplémentaires sur le marché, mais que personne n’est disposé à échanger ses propres stable coins, le jeu de l’offre et de la demande fera monter la valeur de la crypto monnaie.


Or, comme on vient de le voir, l’émetteur doit s’engager à maintenir la valeur dans un couloir relativement restreint fluctuant autour d’un dollar. Il va donc devoir émettre de nouveaux jetons, c’est-à-dire augmenter l’offre pour compenser l’augmentation de la demande stabilisant ainsi la valeur du stable coins.


Sauf que cette émission de nouveaux jetons doit être assortie de l’ajout de dollars en garantie, auquel cas, on pourrait se retrouver avec par exemple 150 jetons pour seulement 100 dollars de billets en contrepartie (si la valeur de l'actif est inférieur au passif) : la garantie ne serait donc pas totale, ici de seulement 67%.


Inversement, si beaucoup d’investisseurs souhaitent vendre leur stable coin, mais que personne n’est prêt à en faire l’acquisition, l’émetteur qui s’est engagé à stabiliser la valeur du jeton va devoir se porter contrepartie acheteuse en échangeant les dollars qu’il possédait en garantie contre le rachat des jetons.


Ce mécanisme fonctionne donc sous la forme d’un arbitrage, toujours est-il que la promesse ne peut fonctionner que si l'émetteur de stable coins gère correctement ses réserves.


4. La gigantesque arnaque des stablecoins

Et c’est précisément là que les risques et les arnaques potentielles émergent !


Par exemple, le stable coin le plus connu, Tether, a fait l'objet de plusieurs polémiques.


Depuis début 2021, la société fait l’objet d’une enquête pour avoir menti quant à ses réserves en dollar et pendant plusieurs années, Tether affirmait que chaque stablecoin était garanti par un dollar. Ainsi, si 10 tokens sont en circulation, Tether devrait logiquement avoir 100 dollars en garantie.


Néanmoins, selon la CFTC, c’est-à-dire la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain des marchés dérivés, cette déclaration de Tether était fausse ou, du moins, exagérée et pour cette raison, une amende de 41 millions et 1,5 million de dollars ont été infligés à l’encontre de Tether et Bitfinex respectivement.


D’ailleurs, entre 2016 et 2018, l’USDT n’a été entièrement garanti par du dollar américain que 27% du temps, on est donc loin des 100 % affirmés par Tether.


Ainsi, même si Tether prétend que chaque jeton est indexé au dollar, en réalité, la vraie valeur de ces jetons dépend bien plus de la valeur commerciale de ses réserves et non de la présence de dollars.


Par exemple, au 31 mars de cette année, le cash ne représentait que 3,87% de ses réserves, le reste étant des dépôts, en grande partie du papier commercial, c’est-à-dire de la dette d’entreprises à court-terme, ou encore des obligations d’entreprises et en réalité, personne ne connaît l’origine de ces titres ni même le pays d'origine.



Du côté de l’USDC, son concurrent direct, qui profite largement des désagréments de Tether pour accaparer des parts de marché, les réserves fluctuent en fonction des mois. On sait par exemple qu’en mai, 61% de ses réserves étaient composées de cash et d’équivalent au cash, en juin ce chiffre était tombé à 47%, puis en août, il était remonté à 92%.



Sur les documents partagés par l’entité, on y lit que “la trésorerie et les équivalents de trésorerie comprennent les dépôts en dollars américains dans les banques et les investissements à court terme très liquides qui sont facilement convertibles en trésorerie et qui ont une échéance inférieure ou égale à 90 jours à compter de l'achat, conformément aux principes comptables".


Ainsi, même si le niveau de transparence et de qualité des actifs de l'USDC surpasse le stable coin Tether, il suscite toujours des inquiétudes auprès de la Réserve fédérale et de Fitch.


Donc concrètement, si la valeur des garanties détenues par les entités diminue, la valeur des jetons n’est plus que partielle.


Ainsi, l'inconvénient premier de ces cryptos est qu'elles ne sont pas transparentes ou du moins, elles le sont partiellement.


Elles fonctionnent donc comme des intermédiaires financiers non bancaires qui fournissent des services similaires aux banques commerciales traditionnelles, mais en dehors de la réglementation bancaire normale. En finance, on parle de Shadow Banking ou banque dans l’ombre.


5. Les risques systémiques des stablecoins : l'exemple de Tether

Et évidemment, cela peut s’avérer extrêmement dangereux dans la mesure où les stable coins peuvent également générer des risques systémiques. Dans la mesure où certains de ces jetons adossés à des devises ne sont pas adossés à de la monnaie fiat réelle comme nous venons de le voir, mais à une combinaison d'actifs plus risqués, cela met non seulement en danger les détenteurs des tokens comme vous et moi, mais pourrait potentiellement menacer la stabilité financière en général.


Ce que l’on va voir devrait donc mettre la puce à l'oreille des détenteurs d’USDT, et d'autres stable coins, quant au fait qu'ils pourraient avoir du mal à récupérer leur argent.


D’ailleurs, outre le fait que l’entité garde ses réserves dans une petite banque des Bahamas, on peut clairement lire que Tether "ne prétend pas adosser ses jetons à une monnaie fiduciaire".


Il dit simplement que ses jetons "sont adossés à 100% aux réserves de Tether", d’ailleurs, la définition de ces réserves est tellement large que tout actif pourrait en fait être éligible.


De plus, on peut lire sur son site internet que l’entité "Tether se réserve le droit de retarder le rachat ou le retrait des jetons Tether si ce retard est rendu nécessaire par l'illiquidité ou l'indisponibilité ou la perte de réserves détenues par Tether pour soutenir les jetons Tether, et Tether se réserve le droit de racheter les jetons Tether en nature rachats de titres et autres actifs détenus dans les réserves. Tether ne fait aucune déclaration ni ne garantit si les jetons Tether qui peuvent être échangés sur le site peuvent être échangés sur le site à tout moment dans le futur, voire pas du tout".


De ce fait, si certaines des garanties de Tether perdaient la totalité de leur valeur et dans le même temps pour une raison quelconque, une vague de détenteurs de Tether essayait soudainement de convertir leur token en monnaie fiduciaire, on pourrait clairement assister à l’impossibilité de la part de Tether à liquider ses investissements rapidement pour satisfaire la demande.


Les conséquences d'une telle incapacité à faire face à une vague soudaine de retraits pourraient provoquer une réaction en cascade puisque comme l’a rappelé la banque JP Morgan en début d’année, la plupart des échanges de Bitcoin ont lieu, non contre le dollar en monnaie fiat, mais contre l'USDT, le stablecoin émis par Tether.



En outre, Tether a une activité similaire aux banques commerciales traditionnelles, mais n'est pas soumis au même régime strict de surveillance et de transparence.


Une perte soudaine de confiance dans l'USDT générerait probablement un grave choc de liquidité sur le marché des cryptos et notamment du bitcoin car lorsque la liquidité diminue soudainement et que les prix chutent, ceux qui ont des positions à effet de levier sont comprimés.


6. La répétition de la crise de 2008

On peut donc clairement dire qu’en réalité, les stable coins n’ont rien de nouveau. S’il s’agit d’une innovation financière dans le sens où ce sont des crypto-monnaies, en fait, ils sont aujourd'hui l'équivalent des fonds du marché monétaire comme ceux de 2008.


Pour rappel, c’était le 16 septembre 2008, au lendemain de la faillite de Lehman Brothers que le Reserve Primary Fund avait fait faillite déclenchant la crise de liquidité de l’époque.


Le fonds détenait l’équivalent de 785 millions de dollars de papier commercial de Lehman dont la valeur était évidemment tombée à 0.


Bien que cet investissement ne représentait que 1,2% du portefeuille du fonds sur les 64,8 milliards de dollars, les demandes de retraits de la part des investisseurs étaient telles que le fonds avait perdu les deux tiers de ses actifs en l’espace de 24 heures déclenchant une ruée générale sur les fonds du marché monétaire.


Aujourd’hui, le montant du portefeuille de Tether dépasse les 70 milliards de dollars le rendant donc plus important que ce que le Reserve Primary Fund ne l'était en 2008.


Pourtant, jamais de la vie un fonds du marché monétaire n’aurait été autorisé à suivre les manœuvres mises en place par Tether. Le stable coin n’est confronté à aucune contrainte, aucun cadre juridique et aucune exigence sur la façon dont les réserves doivent être investies.


Cela met donc en exergue le problème de la centralisation qui va complètement à l'encontre des prémisses de la technologie blockchain. Une nouvelle fois, cela démontre que la centralisation est toxique quel que soit le domaine : de la finance à l’économie en passant évidemment par la politique.


D’ailleurs Satoshi Nakamoto lui-même expliquait que : “Beaucoup de gens rejettent automatiquement la monnaie électronique comme une cause perdue à cause de toutes les entreprises qui ont fait faillite depuis les années 1990. Il est évident que seule la nature contrôlée de manière centralisée de ces systèmes les a condamnés. Je pense que c'est la première fois que nous essayons un système décentralisé et non basé sur la confiance”.


Aussi, la prudence exige de toujours bien faire attention à bien comprendre dans quoi on investit avant de placer son argent. Les stable coins n’ont de stable que leur nom et empruntent en réalité les mécanismes bancaires traditionnels en ce qui concerne notamment la transformation d’échéance et la transformation de liquidité comme nous venons de le voir.


Or, les banques sont sans aucun doute les entreprises les moins capitalisées au monde et sans l’intervention des banques centrales et la présence des États avec notamment le Fond de Garantie, elles auraient toutes déjà fait faillite.


Il convient donc d’être vigilant et de bien s’informer avant !


Le bitcoin à la différence n’est pas un stable coins et son fonctionnement est totalement différent et donc en réalité bien moins risqué que les autres stable coins qui sont bien souvent des cryptos centralisées.


7. Voir la version vidéo

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