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Épisode 2 : L'effondrement de EVERGRANDE | Evergrande entre en faillite technique | Explications

Le jour fatidique est arrivé et Evergrande a fait défaut, c’est-à-dire que l’entreprise n’a pas payé les intérêts d’une partie de ses obligations.


Il y a effectivement eu un accord qui a été trouvé et Evergrande avait donné une lueur d'espoir mercredi dernier lorsque l'entreprise avait réalisé cette annonce, sauf que ce que la plupart des personnes n’ont pas vu, et d’ailleurs, vous avez été nombreux à tomber dans le piège, c’est que cet accord concernait de la dette dites "onshore" et libellées en yuans.


En revanche, Evergrande n’a toujours pas payé sa dette dite “offshore” s’élevant à 83,5 millions de dollars et s’ajoutent désormais 47,5 millions de dollars qu’elle devra débourser mercredi prochain.


Cette étape était donc cruciale pour les investisseurs afin de mesurer l’importance des dégâts et Pékin a d’ores et déjà averti le pays de se préparer à une tempête.


C’est justement ce que nous allons voir dans cet article car le futur des marchés devient de plus en plus incertain et le risque d’un nouveau Lehman Brothers et d’un krach boursier s’annonce presque inévitable, ce qui serait synonyme d’un véritable tsunami financier puisque Evergrande a admis que l’aventure est terminée pour elle, sa sentence est irrévocable !


 

Table des matières :


 

1. La faillite technique de Evergrande

S’il est vrai qu’un accord a été conclu sur le paiement des intérêts d’une partie de la dette de Evergrande, une autre partie est actuellement en défaut de paiement. En effet, la dette “onshore” est celle qui est détenue par les investisseurs chinois et libellée en yuans, tandis que la dette “offshore” est celle possédée par les investisseurs étrangers et libellés en dollars et c’est précisément sur celle-ci que Evergrande a fait défaut.


De plus, une donnée particulièrement importante à prendre en compte, et pratiquement tout le monde est tombé dans le piège, c’est que cet accord sur le paiement des intérêts n'implique pas nécessairement que l’ensemble des 232 millions de yuans d'intérêts que l’entreprise doit ont été payés.


En effet, non seulement l’accord n'a pas révélé le montant des intérêts qui seraient payés, mais en plus, aucune date de paiement n’a été communiquée.


On sait simplement que “des négociations privées ont donné lieu à un compromis”. On pourrait donc très bien imaginer qu’en réalité, aucun paiement n’aura lieu et l’entreprise cherche à cacher son impossibilité à rembourser ses dettes.


Ainsi, tandis que l'accord de mercredi a été considéré par certains investisseurs comme une évolution positive, d'autres restent méfiants et ils ont bien raison comme nous allons le voir.


De ce fait, outre ce communiqué particulièrement opaque qui n’avait finalement pour seul objectif de calmer l’euphorie des marchés, ce même communiqué de presse ne dit absolument rien sur l'autre paiement que l’entreprise devait effectuer, c’est-à-dire, le paiement des intérêts sur ses obligations en dollars du jeudi 23 septembre.


Aucun des créanciers de Evergrande n'a de nouvelles et la semaine prochaine le géant immobilier doit faire face à un autre paiement d'intérêts sur les obligations en dollars pour un montant de 47,5 millions de dollars.


Si ce montant n’est en réalité pas si élevé, dans la mesure où l’entreprise n’est pas parvenu à faire face à une première échéance, on peut être pratiquement sûr qu’elle ne paiera pas non plus ce mercredi et à moins que nous ne recevions des informations inattendues de dernière minute, on peut d’ores et déjà dire que Evergrande est sur le point d'entrer en défaut technique sur ses obligations libellées en dollars.


Le défaut technique est justement caractérisé par le fait qu’un débiteur, c’est-à-dire l’entité ou la personne qui est endettée, ne respecte pas l’accord qui a été établi avec un créancier, autrement dit, celui qui lui a prêté de l’argent.


Ainsi, d’ici 30 jours, Evergrande entrera en défaut technique s'il ne parvient pas à faire face à ses obligations contractuelles et n’effectue pas le paiement des intérêts en dollars.


2. Pourquoi Evergrande est au bord du gouffre ?

Arrivé à ce stade, un fait surprenant et qui légitimise largement les inquiétudes des investisseurs concerne la trésorerie de l’entreprise. En effet, à en croire ses comptes financiers, Evergrande n’a pas de problème de liquidité, du moins dans l’immédiat, pour faire face au paiement de sa dette offshore.


Et là, il faut faire très attention parce que si l’entreprise ne rembourse pas un total de 131 millions de dollars, c’est-à-dire les 83,5 millions de dollars de jeudi dernier et les 47,5 millions de dollars de mercredi prochain, ce n’est pas parce que l’entreprise ne peut pas payer ou qu’elle n’a pas les ressources suffisante, non, c’est tout simplement parce que Evergrande ne veut pas payer !


Si le géant immobilier agit de la sorte ce n’est évidemment pas parce qu’il a envie de provoquer son déclin ou de l'accélérer, c’est qu’il sait pertinemment qu’il ne pourra pas payer la totalité de sa dette de près de 300 milliards de dollars.


Evergrande est conscient que sa situation n'est pas tenable et s’il doit commencer à faire défaut, autant commencer par ne pas payer la dette qu’il a vis-à-vis des étrangers qui ne pourront pas entrer en Chine pour l’obliger à s’acquitter de ses obligations et ainsi sauver les meubles en payant uniquement les investisseurs locaux.


Cette tactique permet à l’entreprise non seulement de calmer les investisseurs locaux, mais en plus de conserver de la liquidité qui n’est pas payée aux étranger afin de la réserver aux investisseurs chinois.


Et c'est précisément pour cette raison et ce point de non-retour qui a été atteint que le cours de la compagnie a une nouvelle fois chuté de près de 12% en fin de semaine.


Cela fait penser aux risques qui existent autour de la structure V.I.E, que nous avions expliqué dans une précédente vidéo, si demain le gouvernement chinois décidait unilatéralement de mettre fin à ces entités illégales.


En conséquence, maintenant que Evergrande a confirmé sa décision de faire défaut sur ses obligations libellées en dollars, ce à quoi nous assisterons dans les semaines à venir est un défaut sur près de 20 milliards de dollars en obligations, soit la valeur de toutes les obligations que Evergrande a émis en dollars et qui sont vraisemblablement condamnées à être impayées par la société chinoise.


Évidemment, même si a priori, 20 milliards de dollars est en réalité une somme infime au sein du système financier mondial, bien plus grave est la question de savoir quel sort sera réservé au reste de la dette locale de l'entreprise chinoise si cette dernière venait à faire faillite.


D’ailleurs, le Wall Street Journal, dans une exclusivité mondiale intitulée “la Chine se prépare à la chute de Evergrande”, on apprenait que Pékin s'oppose au sauvetage du promoteur immobilier le plus endetté du pays et a commencé à dire aux autorités locales de se préparer à une éventuelle tempête.


3. La crise de liquidité de Evergrande et le désastre économique qui se profile

Il est particulièrement important de bien comprendre que le gros problème posé par la chute de Evergrande, c’est que le marché immobilier chinois dans son ensemble pourrait s’effondrer, ce qui aurait inévitablement des conséquences sur l’économie mondiale tel un effet domino.


Il faut savoir que Evergrande n’est en fait que l’arbre qui cache la forêt et les actions d’un grand nombre de promoteurs immobiliers en Chine sont en train de chuter en bourse.


Ce qu’il faut absolument savoir, c’est qu’une entreprise peut faire face à deux types de risques au cours de sa vie : il s’agit du risque de liquidité et du risque de solvabilité et un risque de liquidité peut évidemment se transformer en un risque de solvabilité ce qui peut devenir désastreux et c’est précisément ce qui pourrait se passer en Chine.


Si on reprend l’exemple de Evergrande, on sait que son passif est de 300 milliards de dollars, tandis que du côté de son actif, 14 milliards de dollars représente sa trésorerie, c’est-à-dire de la liquidité. En théorie, une entreprise qui a 300 milliards de dollars de dettes et seulement 14 milliards de dollars de liquide se trouve potentiellement dans une situation dangereuse.


Cela n’est pas nécessairement le cas, puisqu’imaginons une personne qui s’endette pour acheter un bien immobilier de 100.000€. Dans une telle situation, l’investisseur n’a peut-être que 10.000€ de côté sur un Livret A qui lui permet de faire face aux imprévus mais il compte avant tout sur le loyer payé par les locataires pour rembourser sa dette au fur et à mesure que le temps passe sur 20 ans par exemple.


Cependant, la crise de liquidité pourrait s’avérer dans le cas où l’investisseur doit rembourser sa dette de 100.000€ dans les mois à venir, c’est-à-dire sur le court terme mais ne possède que 10.000€ en trésorerie. Ici, il s’agit d’un risque de liquidité car l’investisseur n’a pas la trésorerie suffisante dans l’immédiat et même les revenus du loyer ne seront pas suffisants.

Évidemment, il peut dans l'absolu revendre le bien afin d’obtenir l’argent nécessaire et ainsi rembourser sa dette et éviter la crise de liquidité.


Sauf que bien souvent, mélanger vitesse et précipitation peut s’avérer néfaste car imaginons qu’une crise immobilière explose et le prix des maisons dégringole. Désormais, outre ce risque de liquidité, l’investisseur doit faire face à risque de solvabilité puisque si son bien perd de la valeur et tombe à 50.000€, alors ce dernier n’est plus solvable et ne pourra pas rembourser ses dettes ce qui devient particulièrement dangereux puisque non seulement, il doit rembourser 100.000€ très rapidement mais en plus, son bien ne vaut que 50.000€.


Il convient donc de toujours prendre en compte, d’une part “le degré de liquidité des actifs”, c’est-à-dire, m’est-il possible de revendre rapidement mes possessions sans que leur prix ne soit trop affecté; et d’autre part, “le degré d’exigibilité des passifs”, c’est-à-dire, dans combien de temps vais-je devoir rembourser mes dettes.


Pour en revenir à Evergrande, le problème avec l’entreprise c’est qu’elle a l’équivalent d’environ 304 milliards de dollars de dettes et attention, sur ces 304 milliards de dollars de dettes, plus de 243 milliards correspondent à de la dette sur le court terme, en particulier de la dette fournisseurs.

Autrement dit, près de 80% de la dette de Evergrande est exigible sur le court terme. La situation pourrait donc devenir extrêmement grave.


Malgré tout, on pourrait se dire, pas de problème, Evergrande n’a qu’à revendre ses biens immobiliers comme l’investisseur dans l’exemple précédent et de cette manière, il remboursera ses créanciers et c'est d'ailleurs ce que certains internautes nous avaient dit.


Et bien en réalité, la situation est bien plus complexe que ce qu’elle ne semble et ce n’est évidemment pas aussi simple que cela ne le paraît.


Le problème est que Evergrande est un promoteur immobilier et qu’est-ce qui constitue précisément l’actif d’un promoteur immobilier ? Et bien justement des biens immobiliers, des maisons, des appartements, des immeubles, etc.


Et on le sait tous, une maison, ça ne se vend pas d’un claquement de doigt, cela peut mettre beaucoup de temps à moins d’être prêt à brader le prix du bien. Le revers, c’est que si on est endetté et que l’on a besoin de revendre rapidement un bien, on accepte de revendre à un prix plus faible et donc on n’obtiendra pas suffisamment de liquidité pour rembourser nos dettes : on tombe dans un cercle vicieux.


Ainsi, tandis que précédemment, il s’agissait d’un simple problème de liquidité, désormais, on tombe bel et bien dans une crise de solvabilité, et là, ça peut faire très mal !


Pour couronner le tout, non seulement Evergrande doit faire face à de la dette exigible à court terme avec un actif très peu liquide puisque constitué d’immobilier, mais en plus, ce qui est d’autant plus surprenant, et c’est de la vraie folie, c’est que 60% de cet actif, c’est-à-dire l’équivalent de 220 milliards de dollars est tout simplement constitué de biens immobiliers en construction, autrement dit, les travaux sont en cours !


Ainsi, si revendre une maison peut s’avérer être un vrai défi, revendre un bien immobilier en pleine construction relève de la mission impossible.



Ce que beaucoup de personnes n’ont toujours pas compris c’est que, la majorité des biens immobiliers de Evergrande, ici 60%, ne sont toujours pas construits et ce sont donc des maisons qui ne seront disponibles sur le marché qu’au bout de plusieurs années alors que dans le même temps, la dette de l’entreprise doit être remboursée sur le court terme, c’est-à-dire rapidement.


Pas étonnant donc qu’actuellement, les bourses mondiales tremblent car si jamais le géant immobilier finit par tomber, plusieurs choses vont se passer :


  • Tout d’abord, il y aura une liquidation massive d'actifs immobiliers et ces actifs immobiliers seront en concurrence avec ceux d'autres promoteurs immobiliers chinois. Ainsi, si Evergrande accepte de liquider ses biens avec une décote de 10, 20 ou même 30% voire plus, il est évident que les autres sociétés immobilières ne parviendront plus à vendre leur propres maison, à moins qu'elles ne baissent également leurs prix.


  • Il y aura donc une vague déflationniste sur l’immobilier qui provoquera la faillite de nombreux autres promoteurs immobiliers peu rentables qui à leur tour ne pourront plus rembourser leurs dettes impactant par la même occasion les banques chinoises.


  • Si ces banques chinoises ne parviennent plus à recouvrir leurs créances, elles fermeront le robinet du crédit comme ce fut le cas en 2008 avec la crise des subprimes et si elles ferment le robinet du crédit, moins de citoyens auront la possibilité de s’endetter pour acheter leur résidence, ce qui signifie que les prix auxquels les maisons devront être vendues seront encore plus bas et ainsi de suite.


  • De plus, outre le secteur immobilier et le système financier et bancaire chinois, c’est donc l’ensemble de l’économie mondiale qui serait affectée dans la mesure où de nombreux fonds d'investissement et même des crypto-monnaies comme Tether sont susceptibles d’être créanciers de ces différents secteurs d’activités.


Car même si Tether, qui pour rappel est un stable-coins, prétend ne pas posséder de papier commercial de Evergrande, c’est-à-dire de la dette du géant immobilier, la société pourrait très probablement posséder des créances d’autres sociétés qui elles-mêmes pourraient être affectées par une chute du géant immobilier.


Pour rappel, seuls 3,87% des réserves du stable coins sont constitués de cash !



Ainsi, si le système immobilier chinois tombe, si la banque chinoise tombe, les répercussions seront d’ordre planétaire.


D’une part, parce que comme on vient de le voir, on pourrait assister à phénomène de contamination et d’une réaction en chaîne entre les différents acteurs sur le marché, et d’autre part, parce que comme nous l’avions vu dans une vidéo précédente, le taux de croissance de la Chine ne cesse de chuter depuis maintenant une dizaine d’années et cette croissance était portée, entre autres, par l’endettement massif de la population et la création d’une bulle immobilière phénoménale.


À titre d’exemple, le secteur immobilier représente aux alentours de 30% du PIB chinois, c’est-à-dire, des niveaux encore plus élevés qu’en Espagne, pays qui avait particulièrement souffert lors de la crise des subprimes.



Ainsi le dégonflement de cette bulle pourrait ralentir la croissance chinoise, ce qui aurait nécessairement un impact négatif sur le reste des pays autour du globe.


Toujours est-il que les marchés mondiaux craignent que nous entrions dans ce que l’on appelle un “minsky moment” et l'on y reviendra dans un prochain article.


Pour conclure, ce que peu de personnes semblent comprendre, et minimisent malheureusement et à tort, les effets de cette faillite potentielle, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un événement isolé, d’autant plus que le gouvernement chinois pourrait ne pas sauver le géant immobilier pour différentes raisons que nous évoquerons dans un prochain article.


 
4. Voir la version vidéo de cet article