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Pourquoi comparer la Bourse au PIB n'a pas de sens ! | MAINSTREET vs WALLSTREET ?

Le mois de novembre démarre à peine et la bourse commence très fort enchaînant une semaine de records historiques. La semaine dernière, entre les séances de mardi et vendredi, le CAC 40 a atteint un maximum par jour. Autrement dit, dans la mesure où le lundi premier novembre était férié, la semaine a constamment été marquée par de nouveaux pics.


Le dernier record datait du 4 septembre 2000, lorsque l’indice français avait clôturé à 6.922,33 points, c’est-à-dire, il y a de cela 21 ans et son dernier record date du 8 novembre, c’est-à-dire que la semaine démarre encore fort lorsque l’indice clôturait à 7047,48 points.


Tout naturellement, de nombreux économistes nous alertent quant à la bulle sur les marchés, que ce nouveau record n’est pas sain et que le krach boursier est proche car décorrélé de l’économie réelle entre guillemets dans la mesure où le PIB ne suit pas.


Il existerait donc une déconnexion entre l’économie financière et l’économie réelle.


Est-ce que cela est vraiment le cas, comparer la performance de l’indice au PIB a-t-il du sens ?


C’est précisément ce que nous allons voir !

 

Table des matières :

 
1. PIB et indices boursiers : comparables ?

À de multiples reprises, on peut lire des articles sur internet ou voir des vidéos sur YouTube d’économistes, d’analystes financiers ou encore des journalistes responsables d’une rubrique financière, comparer la capitalisation boursière d'une entreprise, ou d'un groupe d'entreprises, c’est-à-dire un indice, avec le Produit Intérieur Brut d’un pays.


L'objectif est donc a priori d’essayer de comparer des ordres de grandeur avec lesquels avoir un point de référence afin de se forger une opinion ou parvenir à une conclusion, ce qui mène bien souvent à la prise de mesure parfois délétères.


Les comparaisons les plus fréquemment lues ou entendues aujourd'hui sont par exemple que la capitalisation boursière de plus de 2.500 milliards de dollars de Microsoft, qui est actuellement la plus grande entreprises des États-Unis en terme de capitalisation boursière, ayant récemment dépassé Apple, est similaire au PIB de la France, ou alors que Microsoft a la puissance économique de la France, que les GAFAM sont plus puissants que des États et ainsi de suite.


On peut également entendre que la capitalisation boursière totale du S&P 500 qui tourne actuellement autour des 40.000 milliards de dollars est deux fois plus élevée que le PIB américain qui lui est d’environ 20.000 milliards de dollars.


Cette analyse, très souvent effectuée, et qui est complètement erronée, consiste donc à essayer de comparer la valeur du PIB d'un pays par rapport à la capitalisation boursière de ses entreprises afin de vérifier si la bourse est chère, si son comportement est viable et la puissance des entreprises par rapport aux États.


Pourtant, effectuer la comparaison de ces deux valeurs revient en quelque sorte, en physique à comparer le poids avec la masse et donc forcément, les conclusions que l’on est susceptible d’en tirer seront fausses.


En effet, la capitalisation boursière et le produit intérieur brut sont des grandeurs économiques qui tentent de mesurer quelque chose entre guillemets, la première étant une variable de stock et la seconde une variable de flux.


La capacité de différencier ces deux grandeurs est donc d'une importance capitale :


  • Pour faire simple, la variable stock cherche à mesurer l’accumulation de valeur de ce que nous souhaitons estimer au moment précis où nous le mesurons. On peut par exemple imaginer cette grandeur comme une donnée cherchant à mesurer le volume d'eau présent à l’intérieur d’une piscine entre le moment où elle est vide jusqu'au moment où elle est remplie. Concrètement, en économie, il peut s’agir de la mesure du patrimoine des ménages, de la population, de l'emploi, de l'épargne, ou de la quantité d'argent en circulation, de la dette ou encore de la capitalisation boursière d’un indice.


  • La variable de flux quant à elle recueille les variations subies par une variable de stock dans un intervalle de temps. Ici, on peut imaginer cette grandeur comme la mesure du débit d'eau qu'un robinet est capable de déverser dans une piscine par unité de temps. Des exemples concrets en économie sont les mesures trimestrielles ou annuelles du PIB, du revenu des ménages, de l'investissement, de la consommation, de l'inflation ou des dividendes versés.


On peut donc dire que la capitalisation boursière d’une entreprise est une estimation du prix de marché d'une entreprise à un instant t, c’est-à-dire à un moment donné.


Pour rappel, la capitalisation boursière s’obtient en multipliant le prix de l’action d’une entreprise quelconque par le nombre d’actions en circulation. Si par exemple les actions d’une entreprise coûtent 10€ et qu’il y a 100 actions en circulation, on dira alors que la capitalisation boursière de cette dernière est de 1.000€, c’est-à-dire 10 fois 100.


En d'autres termes, c'est l'argent qu'il faudrait dépenser pour acheter la totalité de l'entreprise, c’est-à-dire toutes ses actions, si nous l'achetions à sa valeur de marché actuelle.



Le PIB en revanche exprime la valeur monétaire de la production de biens et services provenant de la demande finale d'un pays pendant une période de temps déterminée, normalement un an.


D’ailleurs, il peut être mesuré de trois façons :


1° Selon l’optique de la production, en faisant la somme des valeurs ajoutées de toutes les entreprises,


2° Selon l’optique des dépenses, en faisant la somme de toutes les dépenses finales consacrées à la consommation ou à l’accroissement de la richesse,


3° Ou encore selon l’optique du revenu, en faisant la somme de tous les revenus obtenus dans le processus de production de biens et de services , c’est-à-dire pour faire simple les salaires et les profits.


Pour les comptables on pourrait donc dire que la capitalisation boursière est l'équivalent du bilan comptable tandis que le PIB est l'équivalent du compte de résultat.


Il y a donc plusieurs raisons pour lesquelles la comparaison capitalisation boursière et PIB ne peut pas être faite mais de manière générale, cela reviendrait à vouloir comparer le prix d'un logement en 2021, avec les revenus obtenus en 2021 par les membres de la famille vivant dans ce logement.


Donc dire que le PIB d'un pays est x fois supérieur ou inférieur à la capitalisation boursière de son indice de référence, ce serait la même situation que d'affirmer que le volume d'eau accumulé dans une piscine, par exemple 1.000 litres est x fois supérieur au débit d'eau qui sort du robinet, par exemple, 1 litre par seconde.


Évidemment et a priori, plus le débit sera élevé et plus la rentabilité de la bourse devrait l’être également.


Et bien en fait pas vraiment !


2. WALL STREET vs MAIN STREET

En fait, la bourse n'est pas l'économie à proprement parler. Le marché boursier ne reflète pas nécessairement ce qui se passe dans l'économie et ce, pour plusieurs raisons :


1° Premièrement, la plupart des indices comme ceux établis par MSCI depuis 2000, le CAC 40 depuis 2003 ou le S&P 500 aux États-Unis depuis 2004 sont calculés en prenant en compte ce que l’on appelle le flottant ou free float en anglais et non pas la capitalisation totale ou total float.


Concrètement, cela veut dire que ne sont pris en compte dans le calcul des indices que les actions échangeables sur le marché et non celles détenues par les salariés, une famille, comme la famille Bettencourt dans le cas de l’Oréal ou la famille Arnaud dans le cas de LVMH ou les actions détenues par l'Etat.



2° Deuxièmement, non seulement le CAC 40, tout comme le S&P 500 et la plupart des indices, inclut la performance de sociétés cotées en fonction du flottant, mais en plus, les sociétés non cotées ne sont pas prises en compte par le marché.



Dans le cas du S&P500 par exemple, l’indice est resté résilient en 2020 en grande partie parce que les actions technologiques et des télécommunications ont bien performé et bien qu'elles représentent près de 40% de la capitalisation boursière des 500 plus grandes actions américaines, ces sociétés représentent moins de 10% du PIB américain.



En revanche, les entreprises durement touchées telles que les restaurants qui génèrent de nombreux emplois et contribuent de manière significative au PIB représentent une petite partie du marché boursier et parfois ne sont même pas cotées en bourse.



3° Finalement, le PIB est une mesure du passé lorsque l’indicateur est publié tandis que la bourse est censée être un indicateur du futur. La performance des actions n'est pas symbolique de l'état de l'économie puisqu'elle reflète des visions à long terme.


Le prix d'une action tient compte de ce que les investisseurs pensent qu'une entreprise gagnera dans le futur.


D’ailleurs, Jeremy Siegel dans son livre “Stock for the long run”, disponible en Espagnol et en Anglais et qui est d’ailleurs extrêmement intéressant, trouvait à plusieurs reprise une relation négative entre la croissance réelle du PIB par tête avec la performance des marchés.

Autrement dit, ce sont précisément les pays qui croissent le plus qui affichent les performances les plus médiocres pour la simple et bonne raison que ce sont bien souvent les pays dont les actions sont grandement demandées car de nombreux investisseurs souhaitent profiter des nouvelles opportunités les rendant donc chères, ce qui diminue par la même occasion leur potentiel de revalorisation.


On le voit par exemple avec la Chine qui est sans aucun doute le pays régulièrement vanté pour son miracle économique qui affichent les pires performances boursières.


Une étude de Vanguard arrive d’ailleurs à la même conclusion et montre qu’il n’existe pas vraiment de relation entre la performance des marchés et la croissance économique.



Ce sont donc ces différentes raisons qui tendent à expliquer le fossé qu’il peut exister entre ce que l’on appelle Wall Street et Main Street.


D’ailleurs, si on regarde au cours des 41 dernières années, l'économie et le marché boursier ont évolué dans des directions opposées presque aussi souvent qu'ils ont évolué dans la même direction.


Dans 56% des cas, la bourse augmente de concert avec la croissance économique et dans 44% des cas, on observe une divergence, c’est-à-dire que l’un monte et l’autre baisse et inversement.


3. Les marchés sont trop chers ?

Arrivé à ce stade, on peut se demander si les marchés sont trop chers et si oui, que devons-nous faire.


Évidemment, le fait que les banques centrales ont injecté des milliards et des milliards de dollars et d’euros de liquidité ont permis aux marchés de remonter extrêmement vite. Pour autant, on a trop souvent tendance à se focaliser sur les indices nus, c’est-à-dire, les indices ne prenant pas en compte les dividendes et évidemment, cela biaise notre analyse !


Si on reprend le graphique précédent, on a vu que le CAC n’avait plus touché ces niveaux depuis 21 ans.


Pourtant, lorsque l’on prend en compte le CAC qui inclut le réinvestissement des dividendes, c’est-à-dire le CAC Growth ou Total Return, on se rend compte qu’en fait, ces dernières années, il enchaîne régulièrement les records historiques et ne cesse de croître bien avant la mise en place en 2015 des stimulations monétaires non conventionnelles telles que le Quantitative Easing.



On le voit également avec l’indice S&P 500 depuis 1871, le schéma se reproduit, les traces rouges représentent les records et la courbe est parsemée de rouge.


4. Que faire ?

Tout naturellement, on peut donc se demander, que faire dans la mesure où le marché continue de toucher des records historiques ?


Et bien tout simplement rien du tout !


Si votre objectif est d’investir sur le long terme, il ne vous faut tout simplement rien faire et continuer à investir pour la simple et bonne raison que personne ne sait quel est le meilleur moment pour investir.


Ainsi, à titre d’exemple, sur les 10 dernières années, une personne qui serait restée investie en bourse durant toute la période aurait obtenu une performance de près de 8% par an. Il lui aurait suffit de louper les 10 meilleurs jours de bourse, c’est-à-dire chercher à revendre pour sortir du marché, pour obtenir une performance négative et si elle avait manqué les 40 meilleurs jours de bourse, sa performance aurait été de près de -14%.


Sachant qu’il y a environ 250 séances de bourse par an, sur 10 ans, cela représente aux alentours de 2.500 séances. Autrement dit, il lui aurait suffit de manquer entre 0,4% et 1,6% des meilleures séances pour perdre de l’argent.


5. Version vidéo de l'article