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La Gigantesque bêtise d'annuler les dettes et l'inflation que personne ne voit venir !

L'inflation aux États-Unis continue d’atteindre des niveaux stratosphériques de 6,2% et en octobre, la hausse des prix dans le pays atteint des niveaux jamais vus depuis novembre 1990, c’est-à-dire, il y a de cela plus de 30 ans.


Évidemment, cela est un choc pour les derniers croyants qui s’accrochent au mythe de l’inflation transitoire.


Dans la zone euro, ce n’est qu’une question de temps puisqu’en règle générale, notre niveau d’inflation suit de près celui des US, et on en arrive à tel point, qu’en Europe le phénomène inflationniste est désormais largement relayé par la presse et en Allemagne, la présidente de la Banque Centrale Européenne est même directement mise en cause par le journal “Bild” qui titre à propos de Christine Lagarde : “Madame Inflation. Cette femme en Chanel ruine les épargnants et les retraités”.


Aujourd'hui, on va voir pourquoi en réalité, le type d’inflation sur laquelle tout le monde se focalise n’est qu’une partie de la réalité, pourquoi dire que la planche à billet tourne à plein régime et l’argent a été créé à tout va n’a pas de sens et de nombreuses personnes et “experts” se trompent et surtout, pourquoi l’idée d’annuler les dettes, soutenus par certains, pourrait amplifier ce phénomène inflationniste.

 

Table des matières :

  1. L'inflation explose

  2. Une inflation durablement élevée ?!

  3. Annulation de la dette, inflation et débâcle économique

  4. Version vidéo de l'article

 
1. L’inflation explose

Les derniers chiffres de l’inflation ont été publiés et surprise, on assiste à une nouvelle hausse bien au-delà du consensus qui penchait pour un taux en glissement annuel de 5,8% et non du 6,2%.


D’ailleurs, ces chiffres ont poussé le Président américain Joe Biden à dire que "l'inflation fait mal au portefeuille des Américains" et que, inverser la tendance de l'inflation, qui ne cesse de s'accélérer, est "une priorité absolue"; tout cela, alors que le Congrès vient d'adopter un méga-plan d'investissements dans les infrastructures de 1.200 milliards de dollars et les députés et sénateurs doivent également voter un vaste programme de refonte du système de protection sociale et de lutte contre le réchauffement climatique d'un montant de 1.750 milliards de dollars.


C’est donc à n’y rien comprendre. D’un côté, l’inflation monte et il faudrait s’y attaquer pour la réduire et de l’autre côté, on vote des programmes de dépenses massives et injecte des liquidités à tout va provoquant justement de l’inflation.


Si en début d’année, quelques secteurs seulement étaient à l’origine de la hausse générale des prix, elle est désormais répandue dans de nombreux secteurs de l’économie.


Si de nombreux économistes attribuent ce rebond des prix aux conséquences néfastes que la pandémie a eu sur la structure productive au cours de l’année 2020, l'idée est donc qu'une série de goulots d'étranglement se sont généralisés dans divers secteurs de l'économie, comme celui du gaz, du charbon, dans le secteur des transports, celui des des micropuces et même dans la main-d'œuvre puisque par exemple on assiste actuellement à ce qui est appelé aux États-Unis “The Great Resignation” ou la “Grande Démission” en français.


Tout cela impacte donc nécessairement de nombreux autres secteurs qui ont besoin de ces facteurs productifs essentiels pour à leur tour augmenter l'offre d'autres biens et services.


À titre d’exemple, l'offre de voitures ne peut pas augmenter parce que les micropuces sont nécessaires et que l'offre de micropuces est réduite pour le moment.


D’ailleurs, on le voit, la hausse des prix constatée sur les matières premières se propage comme prévu aux biens de consommation.


Forcément, une demande supérieure à l'offre signifie nécessairement une augmentation des prix, de sorte que la logique voudrait que les tensions inflationnistes devraient a priori disparaître avec le temps au fur et à mesure que les goulots d'étranglement se résorbent.


Pour autant, ce diagnostic, qui est en partie correct, est en réalité incomplet et un facteur supplémentaire pourrait faire envoler les prix sur le court et moyen terme.


On peut voir sur ce graphique que les dépenses de consommation personnelle aux états-unis mesurées par l’indicateur CPE ont littéralement explosé.


Cela est évidemment dû à un effet de rattrapage suite à la baisse de la consommation durant les confinements à répétition et on pourrait avoir tendance à dire que c'est dû à l'enthousiasme de la levée des restrictions que les gens se sont mis à dépenser de nouveau et que les entreprises qui avaient stoppé partiellement ou totalement leurs investissements en 2020 ont recommencé à investir et ainsi de suite.


Tout cela est vrai, toujours est-il que l’on ne peut pas ignorer le fait que tout au long de 2020 et une partie de 2021, les gouvernements du monde entier ont mis en œuvre les plus grands programmes de dépenses publiques et de stimulations budgétaires et monétaires de toute l'histoire de l'humanité.


Ils ont essayé de stimuler artificiellement les dépenses privées et publiques des économies afin d'accélérer la reprise par rapport aux creux de la pandémie et évidemment, en accélérant les dépenses et donc la reprise, les parties de l'économie dont l'offre ne peut pas être augmentée proportionnellement à l'augmentation des dépenses a vu, et continue de voir, ses prix augmenter.


Cela n’a d’ailleurs rien de nouveau puisque John Maynard Keynes, lui-même, considéré comme le père intellectuel de ces programmes massifs de dépenses publiques et de stimulations monétaires, économiste que j’affectionne très peu, dans le chapitre 21 de son livre “La théorie générale de l’emploi, de la monnaie et de l’intérêt” qui s'intitule justement “La théorie des prix”, avertit que :


“À mesure que la production augmente on parvient successivement à une série de “goulots d’étranglements”, où l’offre de certaines richesses cesse d’être élastique et où leurs prix sont obligés de monter autant qu’il faut pour détourner la demande vers d’autres objets. [...] Aussitôt que la production a suffisamment augmenté pour atteindre la zone des “goulots d'étranglements”, il faut au contraire s’attendre à une forte hausse du prix de certaines richesses. [...] Outre le point critique du plein emploi, où sous l’effet d’un accroissement de la demande effective exprimée en monnaie les salaires nominaux sont forcés de monter dans une mesure pleinement proportionnelle à la hausse des prix des biens de consommation ouvrière, où l’accroissement de la demande effective détermine une hausse des salaires nominaux non entièrement proportionnelle à celle des biens de consommation ouvrière”.

2. Une inflation durablement élevée ?!

En fait, en réalité, ce déséquilibre pourrait bien se prolonger dans le temps et l'inflation pourrait devenir structurelle c’est-à-dire qu’elle pourrait durablement s’installer, au lieu d’être simplement conjoncturelle, comme certains ne cessent de le répéter, c’est-à-dire uniquement dû à des phénomènes économiques transitoires, et ce, pour deux raisons : d’une part la difficulté de résorptions des goulots d’étranglement et d’autre part, les anticipations d’inflation des agents économiques se traduisant par une diminution de la demande monétaire.


1° D’abord, si les goulots d'étranglement sont très généralisés comme actuellement, ils touchent de nombreux secteurs, il est donc évident que l’on ne pourra pas tous les résorber en même temps et donc il faudra mettre un ordre de priorité sur quels sont les plus importants. Autrement dit, les dépenses devront se concentrer dans certains secteurs au risque d’impacter négativement d’autres secteurs.


Cependant, si on maintient le flux des stimulations sur l'ensemble de l'économie afin de ne pas faire face aux effets négatifs des dépenses massives, alors, cette inflation se poursuivra. C’est ce qui semble se produire actuellement avec les vastes programmes de dépenses votés aux États-Unis d’un côté, alors que de l’autre côté, la FED va mettre en place le Tapering et réduire les stimulations monétaires.


2° Ensuite, s’il est vrai que l'inflation que nous connaissons actuellement est une inflation qui est fondamentalement due au fait que les dépenses globales dépassent la capacité de l'économie à augmenter l'offre au même rythme que ses dépenses, à l'avenir un autre type d'inflation pourrait survenir qui est beaucoup plus inquiétant car peut être encore plus élevé et persistant : il s’agit de l’inflation anticipée.


En fait, à partir du moment où les taux d'inflation actuels pénètrent les anticipations des agents, soit parce que de plus en plus de ménages et d'entreprises considèrent que la situation actuelle va se prolonger dans le temps, soit parce que de plus en plus d'agents économiques cessent de faire confiance à la capacité des gouvernements et des banques centrales à stabiliser la valeur de leurs devises à long terme avec des taux d'inflation modérés comme ce fut le cas ces dernières années, alors, on pourrait assister à un phénomène de réduction de la demande monétaire, c'est-à-dire que ces agents économiques sont prêts à accumuler moins d'argent qu'avant et lorsqu’ils vont se mettre à vendre un bien ou un service ou du temps de travail en échange d’un salaire, ils réclameront un prix plus élevé pour contrecarrer le fait qu'ils valorisent moins cet argent en tant que réserve de valeur.


Ainsi, si la demande de monnaie diminue, nous pourrions faire face à un rebond inflationniste encore plus intense que l'actuel parce que les prix des marchandises sont déterminés par l'interaction entre d’une part, la valeur des marchandises et d’autre part, la valeur de la monnaie : attention à ne pas confondre valeur et prix !


Ainsi, dans la mesure où la valeur de la monnaie dépend à la fois de l’offre de monnaie et de la demande de monnaie, si cette demande chute, la valeur de la monnaie diminuera également faisant mécaniquement augmenter le prix du reste des marchandises exprimées dans une unité monétaire dont la valeur s'est effondrée.


Ainsi, l'inflation qui découlerait ne procéderait non plus du déséquilibre entre les dépenses globales de l'économie et la capacité de production de cette économie, mais du déséquilibre entre l'offre de monnaie et la demande de monnaie.


Il faut savoir que cette diminution de la demande de monnaie peut s’avérer être extrêmement compliquée à résoudre car la demande de la monnaie dépend dans une large mesure de la crédibilité des institutions monétaires pour stabiliser la valeur de la monnaie à long terme et si cette crédibilité a disparu, il est difficile pour elle de revenir avec la légitimité qu'elle avait dans le passé.


Ainsi, si ce type d’inflation venait à s’installer et que les banques centrales souhaitant la contrôler, elles n'auraient que deux moyens, sans pour autant qu’un regain de confiance ne soit garanti :


1° D'une part, les institutions pourraient essayer de regagner la confiance des agents économiques en augmentant les taux d'intérêt et en ralentissant l'offre de crédit.

C’est notamment ce qu’avait réussi à faire Paul Volcker en 1980, suite aux chocs pétroliers en augmentant les taux d’intérêts jusqu’à 20% !


2° D’autre part, une autre solution possible reviendrait à réduire la masse monétaire pour la rendre égale à la demande de monnaie qui s'est effondrée. Le problème, c’est qu’après tant d'années de stimulations monétaires et de quantitative easing, ramener la masse monétaire à des niveaux bas n'est pas chose facile.


Pour y parvenir, les banques centrales devraient liquider une grande partie de leurs stocks d'actifs qu’elles possèdent dans leur bilan qui sont majoritairement des obligations d’États.


Et attention, c’est précisément là qu’intervient le grand risque de l’annulation des dettes promues par des soit-disant économistes ou de futurs candidats à l'élection présidentielle, qui nous expliquent à longueur de journée que, annuler la dette détenue par les banques centrales ne pose pas de problème, personne ne paiera. En fait, cela pourrait même constituer une troisième raison d’une augmentation durable de l’inflation comme nous allons le voir.


3. Annulation de la dette, inflation et débâcle économique

Alors avant de bien comprendre le raisonnement, il faut mettre en avant le fait que ces personnes ont au moins le mérite de bien distinguer la dette détenue par les banques centrales et le reste de la dette qu'ont acheté les investisseurs. Beaucoup de personnes qui s'opposent à l’annulation des dettes, et qui dans le fond ont raison, ne font même pas l’effort par malhonnêteté intellectuelle ou par incompréhension de certains mécanismes, de bien les distinguer.


Évidemment, il faudrait faire un article à part pour bien argumenter, d’ailleurs si le sujet t’intéresse, n’hésite pas à me le faire savoir dans les commentaires, toujours est-il que cela permet au moins de comprendre en partie pourquoi l’annulation des dettes détenues par les banques centrales pourraient avoir des effets délétères.


Avant de commencer, il faut bien comprendre qu’en l’état actuel des choses, dire que les banques centrales font tourner la planche à billets et créent de l’argent magique n’a strictement aucun sens !


Aujourd’hui, et je schématise au maximum pour ne pas rendre cet article trop complexe et trop long, lorsqu’une banque centrale comme la BCE crée des billets, à aucun moment cet argent est créé par magie comme certains le pensent. Les billets de banques centrales apparaissent au passif de leur bilan comptable et un collatéral en contrepartie en vertu de l’égalité comptable doit nécessairement apparaître à l’actif, ici les dettes des États selon la part que chacun d’eux possède du capital de l’institution.


Par exemple, la France possède près de 17% du capital de la BCE et l’Allemagne plus de 21%.


Ces mêmes dettes d’États apparaissent au passif du bilan comptable des États et la contrepartie de ce passif est le principal actif de l’Etat, c’est-à-dire, sa capacité à lever l’impôt présent ET futur, pendant un temps illimité.


La comptabilité des États est spéciale car, cette capacité étant inestimable, elle n’est pas comptabilisée, en conséquence, il n’y a pas d’égalité comptable pour les finances publiques et donc ses actifs peuvent être inférieurs à ses passifs sans que cela remette en cause sa pérennité. À titre d’exemple, la “situation nette” de la France était de -1.536 milliards d’euros, ce qui correspond à l’accumulation des déficits.


Petite aparté d’ailleurs, tous les soient disant “experts” qui nous parle de hors-bilan et des engagements implicites de l’État rendant sa situation irrémédiablement compromise omettent bien souvent, encore une fois, soit pas mauvaise foi, soit par incompréhension le hors-bilan de l’actif.


Ainsi et pour faire simple, lorsqu’une banque centrale émet de nouveaux billets, ces billets s’appuient entre autres sur la dette des États, dettes des États qui s’appuient à leur tour en dernier ressort, sur leur crédibilité à lever de l’impôt et à maintenir leurs finances saines, peu importe que ces derniers fassent rouler leur dette.


C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aujourd’hui, l’ensemble des pays de la zone euro profitent de la solidité de l’Allemagne pour que leurs billets ne perdent pas de valeur, sinon si chacun possédait sa propre devise, cela fait longtemps que les taux d’inflation seraient bien plus élevés et leur devise nationale aurait perdu de la valeur.


Donc on comprend pourquoi dire que l’argent est créé comme par magie n’a pas de sens, il a nécessairement une contrepartie présente ET future.


De ce fait, et comme dans toute organisation, la valeur des passifs dépend en définitive de la valeur de marché des actifs et j’insiste sur la valeur de marché, c’est-à-dire les actifs explicites, donc présents au bilan ET implicites, c’est-à-dire les actifs non présents.


Vous l’avez donc compris, une baisse de la valeur des actifs d’une institution réduit nécessairement celle de ses passifs. L'annulation de la dette ne serait donc pas gratuite, et un tel coût serait répercuté sur les créanciers de l'Eurosystème, c'est-à-dire sur les détenteurs de devises comme vous et moi.


Contrairement à d'autres entreprises, les banques centrales ne peuvent pas faire faillite, de sorte qu'à première vue, on pourrait penser que rien ne changerait.


Pour autant, une telle conclusion serait hâtive : une réduction de l’ensemble des dettes détenues par la BCE serait susceptible de réduire la valeur de l'euro puisque les billets seraient lâchés dans l’économie sans plus aucune contrepartie, contrepartie qui pour rappel vient d’être annulée. C’est uniquement à partir de ce moment, à supposer que nous y arrivons, que l’on pourrait parler d’argent magiquement créé.


La Banque Centrale manquerait donc d'actifs suffisants pour défendre la valeur de la monnaie sur le marché et elle ne pourrait même pas résorber à long terme cette partie de l'offre d'euros créée contre des actifs impayés puisqu’en temps normal pour contrecarrer les effets de l’inflation, elle peut revendre les dettes des États pour absorber le surplus monétaire, chose qu’elle ne pourrait plus faire.


On vivrait donc une situation où, d’une part, la demande de monnaie diminue, à cause d’une anticipation de l’inflation par les agents économiques, et d’autre part, plus aucune contrepartie aux billets émis n’existe.


Cette chute de la valeur de la monnaie pourrait donc être compensée soit par une augmentation des taux d’intérêts, et là on l’a vu, la situation pourrait s’avérer être dangereuse, soit par une augmentation d’impôts pour absorber le surplus monétaire, mais dans un pays avec le plus haut niveau de pression fiscale de l’OCDE, on peut difficilement se l’imaginer, et/ou par des ventes d'obligations aux agents économiques, et là encore, peu d’investisseurs seraient prêts à les acheter à moins d’y être obligés directement ou indirectement.


L'apparente gratuité de l'annulation de la dette entre les mains de la BCE montrerait une fois de plus qu'elle a un coût : l’inflation qui n’est finalement ni plus, ni moins qu’un impôt caché.


Donc je le répète encore une fois et ne cesserai de le répéter, une dette ça se paie, qu’on le veuille ou non, il y a toujours quelqu’un qui fini par payer, rien n’est gratuit, les baguettes magiques, au grand dam des défenseurs de la Théorie Monétaire Moderne, ça n’existe tout simplement pas !


Sachant qu’en plus, le covid repart de plus belle en Allemagne, si on se reprend une couche de fermeture l'inflation pourrait exploser.


4. Version vidéo de l'article

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